REUNION-DEBAT AVEC ANGIE BRYAN, CONSULE DES ETATS-UNIS
« LES RELATIONS FRANCO-AMERICAINES»
CALUIRE
LE 23 JUIN 2004
A notre invitation, Madame Angie BRYAN, Consule des Etats-Unis à Lyon a bien voulu nous entretenir du sujet et répondre aux questions qui lui furent posées par un auditoire nombreux et attentif en raison de la franchise dont notre invitée a fait preuve.
Il ne faut pas juger des relations franco-américaines à laune du conflit irakien.
Il faut le replacer dans le contexte dun vieux couple qui parfois « se chamaille ».
En fait, ce qui nous unit est beaucoup plus fort : démocratie et liberté
que ce qui nous divise.
Pour preuves :
Les échanges détudiants entre les USA et la France sont en constante augmentation.
Le conflit irakien na en rien affecté le flux dun côté ou de lautre.
Les relations entres les militaires américains et français au Kosovo, en Afghanistan sont étroits et efficaces. Il faut bien prendre conscience quune des conséquences majeures des évènements du 11 septembre aura été damener les américains à sinterroger sur les raisons pour lesquelles ils étaient autant détestés ; ce faisant, ils sont moins repliés sur
eux-mêmes (nombrilistes) et regardent un peu plus vers le monde extérieur
(beaucoup connaissent quelquun qui aura été dans les Balkans, au Proche-Orient, en Afghanistan
)
Aux questions concernant :
Lélargissement de lEurope
Les USA souhaitent une Europe ambitieuse et efficace
Labsence de lAmérique dans certaines régions comme le Tibet, lArabie Saoudite
Les USA ne peuvent être partout et tout faire en même temps.
Ils agissent selon le principe de « la boîte à outils » :
à un problème donné, on choisit un outil disponible et adapté pour le résoudre.
Lentrée de la Turquie dans lEurope
Les USA sont plus que favorables (à cet égard, se référer aux déclarations du
Président Bush en juin dernier à Istanbul)
Au total, Madame le consule encourage lauditoire à placer les relations
franco-américaines sur une voie constructive en se focalisant sur les points constructifs.
A cet, égard, le mois de juin aura été riche :
Le D Day en Normandie,
Le vote à lunanimité dune nouvelle résolution sur lIrak à lONU
Le sommet Europe / USA le 26 juin dernier
Le sommet de lOTAN à Istanbul les 28 et 29 juin
Marc MIRAY
REUNION-DEBAT AVEC PHILIPPE COCHET
« VOYAGE EN CHINE»
CALUIRE
LE 24 MAI 2004
A son retour dun voyage en Chine effectué dans le cadre de lIHEE (Institut des Hautes Etudes de lEntreprise), Philippe COCHET a bien voulu nous faire part de ses impressions.
1. La Chine en quelques chiffres
20 % de la population mondiale
une population qui vieillit (espérance de vie = 71,4 ans)
30 % de la population vit en zone urbaine
86 % dalphabètes parmi les plus de 15 ans
56 ethnies différentes mais 94 % sont des Hams
750 millions de chinois travaillent. LEst de la Chine est la zone principale dactivités
150 villes de plus de 1 millions dhabitants (Shangaï = 15 à 16 millions dhabitants, croissance de 3 à 400 000 par an)
2. Quelques données sociologiques, politiques et économiques
2.1 Le poids de lhistoire est important
A plusieurs reprises, les Chinois se sont sentis humiliés (en particulier par les japonais) et veulent se venger.
Les Chinois nous tolère, mais nous resterons toujours des étrangers.
Le Chinois possède une extraordinaire capacité dadaptation. Face à lobstacle, il le contourne et ne laffronte pas.
Le Chinois est patient, méfiant, frugal
Le Chinois est très respectueux de la hiérarchie, elle est leur seule religion.
2.1 A la différence de la Russie, la Chine na pas rejeté le communisme
Elle a adapté la doctrine notamment en conservant un parti unique qui dicte « le pensé correcte » et le fait respecter par la force, si nécessaire.
La Chine nest pas encore mûre pour être un pays des « Droits », de lHomme en particulier.
LEtat central contrôle tout ce quil peut, mais il est confronté à un déficit de fonctionnaires. La structuration de lEtat et la corruption sont deux des problèmes majeurs que la Chine doit résoudre rapidement.
2.3 La Chine est devenu « LAtelier du Monde »
Elle tourne au rythme de 8 à 10 % de croissance par an
La Chine est la destination première des capitaux étrangers (pour 100 yen, 15 sont étrangers)
Ce boom économique pose certains problèmes :
La destruction dune économie socialiste entraîne une augmentation vertigineuse du chômage avec de terribles conséquences sociales (paupérisation, migration des zones rurales vers les mégalopoles, etc
)
Des besoins en logements énormes dont la construction accélérée peuvent expliquer en partie la pénurie mondiale dacier.
Des déficits énergétiques qui explosent, la Chine a besoin de 3,5 millions de barils par jour ; en 2004, cest 15 % de plus quen 2003, comparés au 1,5 % en Europe et 2,1 aux USA.
Le salaire moyen ne dépasse pas les 200 euros par mois. Cette faiblesse est compensée par une grande solidarité au sein des familles.
3. Conclusion
« Aller en Chine, cest en prendre plein la figure »
Ce pays est en pleine ascension sur le plan économique, tout en restant gouverné par une dictature marxiste-léniniste.
Cette montée en puissance nest pas sans conséquence sur le plan social car elle laisse un bon quart de la population sur le bord de la route.
Il y a donc un risque dimplosion.
Marc MIRAY
UNION-DEBAT AVEC CYRILLE DALMONT
« SANS LE DROIT COMMUNAUTAIRE, QUID DU DROIT NATIONAL ? »
CALUIRE
LE 25 FEVRIER 2004
1. Le droit communautaire
Le droit européen nest pas le droit français.
Le droit communautaire se décline sous la forme de règlements, de directives et de mesures individuelles, qui en fait sont des lois (ou normes).
Ces règlements ou directives ont une valeur supérieure au droit français, voire à la Constitution (Conseil dEtat 1989 Nicolo Cour de Justice des Communautés Européennes Simenthal 1978 Cour de Cassation Jacques Vabre 1974).
Les directives sont des normes assimilables aux lois-cadre, les états disposant dun délai variable pour les adapter au droit du pays (certains pays ont mis quinze ans pour adapter certaines directives !).
A partir du moment où une directive crée un droit et que le délai est écoulé, un particulier peut recourir à ce droit après avoir épuisé les recours possibles auprès des juridictions françaises.
Pour cette raison, on peut dire que le droit communautaire a apporté des droits supplémentaires aux citoyens.
2. Les 4 institutions européennes
Conseil Européen
Il consiste en la réunion des chefs détat, qui se rencontrent en général quatre fois par an.
Il donne les grandes impulsions et arbitre les conflits au sein du Conseil des Ministres
(3 fois par an).
Conseil des Ministres
Cet organe législatif représentant les états membres siège à Bruxelles.
Il rassemble les ministres concernés par les domaines mis à lordre du jour.
Parlement
Cet organe législatif siégeant à Strasbourg comprend 736 députés élus tous les 6 ans.
Commission
Il sagit dun collège de commissaires (20 en 2003) désignés par les états membres qui siège également à Bruxelles.
Autour des commissaires, travaillent 17 000 fonctionnaires qui gèrent 80 % de la vie européenne.
La Commission propose des projets législatifs aux 2 organes législatifs, soit le Conseil des Ministres et le Parlement, qui les discutent, les amendent ou les rejettent.
Le médiateur européen a un pouvoir supérieur au médiateur français. Ses pouvoirs sont un peu plus coercitifs.
3. Les traités européens
Seul celui sur la monnaie unique parait fonctionner normalement.
La crise irakienne a révélé les dysfonctionnements dans le domaine de la coopération européenne.
La création dun poste de Ministre des Affaires Etrangères proposée par la Convention Giscard pourrait remédier à ce type de crise entre les états européens qui ont parlé à plusieurs voix discordantes (la lettre des 8).
Le traité de Schengen nest pas un droit dorigine communautaire. Cest un traité qui tout doucement est assimilé à un droit communautaire. Certains pays ne layant pas signé, ils sont donc en mesure de ne pas lappliquer.
Cest lamorce dune Europe à 2 vitesses.
4. A quoi sert lEurope ?
A ce jour, on peut dire que lEurope à 6 puis à 15 a contribué à préserver lEurope occidentale de la guerre.
Ensuite, certains accords ont permis une harmonisation, voire une libéralisation du marché dans les domaines suivants :
· la pêche
· lénergie,
· les télécommunications.
Mais il reste encore beaucoup à faire et ce sont de véritables challenges et parmi ceux-ci :
· la création de média européen,
· lharmonisation de la fiscalité (par le bas),
· laccord de tous (les 25) pour donner une qualification identique au délit dassociation de malfaiteurs en relation avec le terrorisme que seule la France a adopté à ce jour.
5. Conclusion
On peut dire que le droit communautaire apporte au droit français « une bouffée doxygène » lui permettant de souvrir à une approche plus moderne de la société.
REUNION-DEBAT AVEC PHILIPPE COCHET
« VOYAGE AU PROCHE-ORIENT »
CALUIRE
LE 1ER DECEMBRE 2003
1. La 1ère conférence interparlementaire au Proche Orient
Ce voyage de 4 jours, à travers la Jordanie, Israël et la Palestine a été organisé, non pas par lAssemblée Nationale, mais par la Fondation Medbridge, à linitiative de
2 personnes : Eric ZIMMERAY (PS) et François LEOTARD, qui sont partis du constat suivant : lEurope est absente du Proche-Orient.
140 parlementaires de la future Europe (25 pays et la Suisse) sont donc partis ensemble pour rencontrer les israéliens, les palestiniens ainsi que les jordaniens.
Cétait la première fois quune délégation de cette importance était reçue dans cette partie du monde.
2. La rencontre avec le roi Abdullah de Jordanie
Il possède une vision très claire des problèmes du Proche-Orient et entretient de bonnes relations avec ses voisins malgré quelques points de tension.
Son analyse de la problématique est la suivante : « si les 2 parties sont mécontentes à la sortie de la signature dun accord, cest que laccord est bon car chaque partie aura fait des concessions ».
Ayant suivi une partie de ses études aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, sa culture arabe se conjugue avec celle de lOccident.
Son épouse, la Reine Rania de Jordanie, palestinienne est elle aussi très modérée.
3. La rencontre avec les représentants israéliens
Les parlementaires ont eux-mêmes ressenti de fortes tensions lors du passage des check points entre la Cisjordanie et Israël : heures dattente, contrôles tatillons, etc.
Après la visite de la Knesset, équivalent israélien de lAssemblée Nationale, ils ont rencontré Ariel SHARON qui se caractérise par une inflexibilité dans ses propos.
Ariel SHARON na seulement accepté de recevoir la délégation européenne quaprès avoir su que Shimon PEREZ devait également les rencontrer.
Shimon PEREZ est quant à lui plus ouvert sur la possibilité de discuter concrètement avec les palestiniens.
La diaspora française implantée en Israël, a elle une véritable volonté politique darriver à un accord, mais pour un accord juste.
Un nouveau parti, rejetant tous les extrémismes religieux, a récemment été créé par un des rares survivants de la Shoah. Le rôle de ce parti se renforce.
4. La rencontre avec les autorités palestiniennes
Les parlementaires nont pu débattre avec Ahmed QOREI, alors en cours dhabilitation pour être 1er Ministre, en raison de linterdiction apparente de Yasser ARAFAT, mais ont pu discuter avec un autre parlementaire qui a aussi une vision très professionnelle de la situation.
La visite des Lieux Saints à Jérusalem permet de comprendre que la ville ne peut être donnée à aucune des parties car les lieux de cultes chrétiens, juifs et musulmans sentrechoquent. Jérusalem doit donc rester ville ouverte.
5. Les 3 principaux enjeux du conflit
· La démographie
Israël ne représente que 5 millions dhabitants, face aux palestiniens, qui ont eux une démographie très forte. Si ils ne mettent pas de barrière, les israéliens vont rapidement se trouver minoritaires dans leur propre pays.
Cest pourquoi si Israël narrive pas à redéfinir ses frontières, le temps va se retourner contre eux. La ligne verte de 1967 avait défini les frontières qui paraîtraient convenir à ce. Il semblerait que les colonies pourraient évoluer et que 97% des territoires jour occupés pourraient être rendus par Ariel SHARON (mais il sagit de territoires sans eau).
· Leau
Cette denrée rare est une des principales revendications des palestiniens. En effet, dans le découpage actuel des territoires, leau se trouve principalement du côté israélien (plateau du Golan)
· Les lieux de culte
Ils provoquent, notamment par leur proximité, une hypersensibilité.
Tout se joue sur une superficie 10 à 15 Kms, ce qui explique que toute initiative nest pas simple à gérer.
Cependant, on constate une véritable volonté des peuples, côté israélien, comme côté palestinien, pour vivre en paix, qui souligne bien une rupture avec leurs dirigeants respectifs.
6. Le rôle de lEurope dans la résolution du conflit israélo-palestinien
LEurope est totalement absente dans cette partie du monde.
La présence américaine sexplique par le fait que les Etats-Unis apportent aux israéliens une certaine sécurité, alors que les palestiniens et les israéliens tentent dattirer lattention de lEurope sur leur sort.
Philippe COCHET est lui-même choqué de voir que lEurope nest pas capable de se saisir de ce dossier, étant entendu que cela ne peut se faire sans une collaboration avec les Etats-Unis.
Deux raisons peuvent expliquer le manque de poids de lEurope :
- Elle nest pas crédible militairement car elle na actuellement aucun moyen dintervenir â création dune armée européenne (qui nexistera que du moment où tous les pays mettront la main au porte-feuille).
- Rendre une décision commune à 15 nest pas chose facile â la nomination dun ministre des affaires étrangères pourrait être une solution.
7. La nouvelle Constitution Européenne
La réunion qui vient davoir lieu à Naples (3 & 4 décembre) montre les limites de la nouvelle proposition de la Constitution Européenne. Certes, elle ne fait pas lunanimité mais cest le moyen darriver à un certain nombre de compromis.
Les commissaires européens eux-mêmes pensent quon ne peut pas avoir un double langage : les décisions dapplication prises à Bruxelles sont fondées sur les demandes des états membres, il nest donc pas normal pour ces mêmes états de ne pas assumer politiquement les choix européens. Exemple : leuro.
8. Lélargissement de lEurope
La décision dintégrer un/des pays au sein de la Communauté Européenne est un processus à long terme. Mais la validation se fait au cas par cas.
A titre personnel, Philippe COCHET estimerait normal que les français soient consultés, car cet engagement concerne lensemble des français. Or, cette décision appartient pour linstant au Président de la République.
Les français risqueraient au travers dun référendum de faire un amalgame et de sanctionner alors, non pas lEurope, mais autre chose, ce qui provoquerait de fait une lourde remise en question.
Cette absence de consultation peut apparaître comme un déficit de démocratie et dinformation. En effet, un des problèmes de la politique aujourdhui réside dans la pédagogie, qui ne passe pas au niveau des médias.
Cependant, il est également bon de rappeler que les français ont élu des représentants qui sont censés prendre des décisions en leur nom.
LEurope à 25 devrait permettre un fonctionnement plus aisé : les votes seraient pris à la majorité et non à lunanimité.
Certes, la présidence tournante peut paraître insignifiante. Mais en cas dabandon de ce type de présidence et linstauration dune présidence « permanente », la France aura-t-elle la patience dattendre 10, voire 15 ans avant de décrocher ce mandat ?
Malgré lélargissement de la Communauté Européenne, le tandem France Allemagne est toujours dactualité et revient même en force. Le message a dailleurs bien été perçu par lensemble des européens.
La notion de noyau dur est incontournable car on ne peut pas attendre la volonté commune des 25 pays pour avancer.
Ce noyau dur ne sarrête pas à la France et lAllemagne, mais inclut lItalie, lEspagne et dautres nouveaux pays entrants.
Même les Anglais viennent daccepter la création dun état major de réflexions opérationnelles au sein de lUnion.
Certes, la Pologne, considérée comme une « tête de pont » américaine qui risquerait de saborder la volonté européenne constitue un problème.
De plus, certains pays ont tendance à « prêcher pour leur paroisse ». Ce qui justifie limportance de la Constitution Européenne.
La décision des 10 pays qui rentreront dans lEurope en 2004 a été prise en 2002.
Lincorporation de la Pologne se comprend en raison de lhistoire (attitude de lex-URSS
). Ce qui pose également la question : doit-on tenir compte du passé ?
La décision des 3 pays qui frappent actuellement à la porte de lEurope (Turquie, Bulgarie, Hongrie) sera, elle, prise en 2004.
Lassistance partage lopinion que et élargissement va trop vite.
Marc MIRAY rappelle que Françoise GROSSETETE avait proposé, à lissue de la réunion du 29 octobre, de revenir pour débattre de lavancement de cet élargissement, et peut-être nous dire ce quelle pense des conséquences de léchec de la Conférence Intergouvernementale à Bruxelles les 12 & 13 décembre 2003.
REUNION-DEBAT AVEC MME GROSSETETE, DEPUTE EUROPEEN
NEUVILLE SUR SAONE
LE 13 OCTOBRE 2003
1. Bilan sur lEurope de 1957 à nos jours ?
Ne jamais perdre de vue que depuis 60 ans la construction européenne a préservé lEurope occidentale de la guerre.
Cest une valeur inestimable à laquelle sajoute un grand marché intérieur et un large développement de la libre circulation des personnes et des biens.
Cette notion est particulièrement perceptible chez les jeunes avec la mise en place des programmes déchanges (Erasmus, Leonardo, etc.
)
2. Une Défense Européenne est-elle possible ?
Les difficultés de construire une défense européenne tiennent à un manque de confiance, en particulier des candidats des ex-pays de lest vis à vis des capacités des membres actuels dassurer leur défense.
Ils sont tentés de se tourner vers les U.S.A ; à terme vers la Chine, dont le développement économique (8%) de croissance, ses fantastiques progrès scientifiques et techniques poseront des problèmes auxquels lEurope devra faire face.
3. Attitude de lEurope vis à vis de lIslamisme ?
Vis à vis de lIslamisme, lEurope devra établir et sentendre sur des règles communes et surtout sy tenir.
Il en sera de même sur limmigration.