Pourquoi je soutiens Nicolas Sarkozy
Vous êtes nombreux à me dire, par courriel, par lettre, au hasard dune rencontre : « Il faut vous présenter à la prochaine élection présidentielle ! »
Vous répondre que je ny ai jamais pensé serait mentir.
Quand on a consacré, comme je lai fait, une grande partie de sa vie professionnelle à lengagement politique, quand on a exercé de lourdes responsabilités publiques, il est naturel déprouver ce désir. Tout simplement pour accomplir sa tâche jusquau bout et tenter de concrétiser ses idéaux.
Les circonstances ne me permettront pas dentrer dans la course.
Ecarté, par ma faute, des premiers rôles de la scène politique nationale depuis plusieurs années, je ne me sens pas en situation de me lancer dans la compétition avec quelque chance de victoire. Et à quoi servirait une campagne de témoignage, sinon à jeter le trouble dans ma propre famille politique ?
Est-ce à dire que je ne mengagerai pas dans le débat qui sannonce ? Jai trop ancrée au fond de moi la passion de mon pays pour me retirer sur lAventin.
Jai envie dexprimer moi-même, et dentendre de la part des candidats, un certain nombre didées auxquelles je crois.
Et dabord lamour de la France. De ce quelle est, de ce quelle doit demeurer.
Je crois à la vertu de fidélité, y compris chez les peuples.
Je crois en une France fidèle à elle-même.
Fidèle à son histoire, à sa culture, à sa langue, à ses valeurs.
Fidèle au « modèle » économique et social quelle a construit au fil des décennies, cest-à-dire à léquilibre entre lesprit dentreprise et léconomie de marché, sources de toute richesse dun côté, et, de lautre côté, lélan de fraternité et de solidarité, lexigence de protection collective sans lesquels la volonté de vivre ensemble qui définit le sentiment national sétiole. La recherche de cet équilibre est un combat de tous les jours. Mais elle fait la beauté de notre aventure commune.
Fidélité de la France encore à sa vocation européenne et internationale : faire entendre une voix libre, qui parle de paix, de coopération, de développement, de justice, de gouvernance mondiale plutôt que de confrontation ou de coercition.
France fidèle. France moderne. Qui pourrait nier que notre pays a besoin, dans certains domaines, de profonds changements pour sadapter au monde nouveau ? Il a su le faire, et magnifiquement, tout au long de son histoire et notamment depuis un demi-siècle.
On voit bien aujourdhui les défis à relever : remettre le travail à lhonneur ; diffuser dans notre société une vraie culture de responsabilité ; « agiliser » lEtat ; donner la priorité à la formation des hommes et des femmes, notamment en dotant lenseignement supérieur des moyens et de lorganisation quil mérite ; investir massivement dans la recherche
Sur ces questions et sur quelques autres, jai avancé des propositions dans le livre que je viens de publier : « France, mon pays. Lettres dun voyageur ».
Il est un domaine où une rupture simpose : le sauvetage de la planète. Nous savons que, si nous ne réagissons pas vigoureusement, le processus de destruction de la nature, de la vie et sans doute de notre Terre deviendra irréversible. Or nous avons la capacité de réussir. A condition de consentir, du local au global, à une révolution écologique de nos comportements. Je reviendrai plus longuement sur les voies et moyens de cette révolution, dans le cadre de la préparation de le Conférence de Paris qui doit se tenir à lElysée les 2 et 3 février prochain et dont le Président de la République ma confié la coordination.
Voilà quelques-uns des sujets dont jaimerai voir débattre les candidats à la prochaine élection présidentielle.
Dans ma famille politique, Nicolas Sarkozy sest déjà exprimé sur certains dentre eux. Jai partagé plusieurs de ses analyses ou de ses projets : je pense à sa volonté dorganiser limmigration de manière plus cohérente, en liaison avec les pays démigration ; à sa vision dune fiscalité plus juste et plus incitative ; ou encore à ses propositions pour sortir lUnion européenne de la crise didentité où elle est plongée. Je me suis réjoui de voir lévolution de sa pensée sur la manière de débloquer le modèle français dintégration ou sur lavenir de notre protection sociale. Il lui appartient maintenant de préciser son projet présidentiel, par exemple : sur le fonctionnement de nos institutions, sur le nécessaire effort de défense de la France ou sur la spécificité de sa politique étrangère.
Le choix dun candidat, cest le choix dun projet. Cest aussi le choix dune personne.
Je connais bien Nicolas Sarkozy, depuis longtemps. Je connais ses forces et ses faiblesses, comme il connaît les miennes. Japprécie sa capacité dagir. Il en a fait la démonstration depuis 2002. Cest un atout majeur pour conduire une grande Nation dans un monde turbulent.
Il y faut aussi la capacité de rassembler, qui implique le refus de toute forme dintégrisme, le sens de lécoute et le respect du point de vue dautrui. Nicolas Sarkozy veut et peut rassembler.
Le temps du débat interne à notre famille politique est maintenant clos. Comme je lai affirmé à plusieurs reprises, ces dernières semaines, seul Jacques Chirac, du fait de sa fonction, ne saurait être tenu par des procédures de parti. Sil choisissait dêtre candidat, une situation nouvelle serait alors créée, quil appartiendrait à chacun danalyser.
Pour lheure, lUMP va se prononcer.
Pour ma part, et pour les raisons que je viens de dire, jai décidé dapporter mon soutien à Nicolas Sarkozy.
09/01/2007
Alain Juppé